31 mai 2007

2001 l'Odyssée de l'Espace

de Stanley Kubrick

Aujourd’hui, j’ai la difficile et lourde tâche d’écrire un article sur ce monument de l’histoire du Cinéma, de tenter de vous faire part de sa richesse qui dépasse l’entendement, autant du point de vue cinématographique que philosophique.

L’ampleur du film, sa complexité et sa liberté d’interprétation permise au spectateur sont autant d’éléments difficiles à mettre en texte et qui me disent de vous prévenir que cet article ne sera qu’une interprétation parmi tant d’autres. Je ne voudrais pas que lorsque vous le visionnerez – ce que vous ferez après avoir lu cet article – vous ayez cette interprétation précise en tête.

Le film se déroule donc en 4 actes, distincts, et a priori indépendants. Chacun va mettre en scène une étape précise de ce qui va être une évolution de l’Homme.

En premier lieu « L’aube de l’Humanité » va mettre en scène des singes après la naissance de la planète même signifiée par quelques plans magnifiques du paysage africain. Ceux ci (les singes) errent donc sans vraiment de but, si ce n’est celui de survivre. Après avoir trouvé un point d’eau, ils s’en font chasser par un groupe de singes ennemi. Ils s’endorment alors dans des sortes de cavités dans lesquelles ils sont protégés de l’environnement extérieur agressif. Pendant la nuit plusieurs planètes, dont la Terre, s’alignent avec le soleil : quelque chose d’important de prépare. A leur réveil, ils se trouvent face à avec un monolithe, un bloc rectangulaire d’une matière inconnue. Les singes autant que les spectateurs sont perdus. Ils ne comprennent pas ce qu’il est, tournent autour, tentent de jauger son danger potentiel. C’est alors que l’un d’entre eux (le moonwatcher : celui qui regarde la lune, c’est ce qui fait qu’il se distingue de la masse), s’approche du monolithe avec un grand respect (c’est important), et le touche, le caresse, ce qui encourage son groupe à faire de même. C’est après avoir été en contact avec cet objet inconnu qu’il découvre l’outil (l’os). Outil qui va permettre à lui et à son groupe de (re)prendre possession du point d’eau après avoir tué l’un des singes du groupe ennemi.

Beaucoup considèrent le monolithe comme étant l’image de Dieu, qui dans sa grande mansuétude, daigne nous aider dans notre évolution en nous attribuant la technologie. D’autres y voient encore l’intelligence extra-terrestre incarnée. C’est d’ailleurs l’opinion de l’auteur du livre 2001 Arthur C. Clarck. Je considère plutôt, sans attache avec la relgion, que c’est tout simplement la transcendance même qui permet justement à l’homme de se transcender et d’accéder à un nouveau stade d’évolution.

2001_a_space_odyssey_02

Le « moonwatcher » fait alors valser, avec l’aide de son nouvel outil-arme, des ossements d’animaux morts, il jouit de son nouveau pouvoir sur le monde. C’est donc la naissance de l’homme moderne.

S’ensuit une transition d’une incroyable simplicité mais extrêmement efficace: l’os-arme vole dans l’air, l’image qui suit est un vaisseau spatial, en 1999, de la forme d’un os. L’homme depuis de milliers d’années n’a pas évolué, il en est encore au stade de l’outil-arme. C’est le second acte.

A cette époque qui est la notre, la guerre froide est toujours d’actualité. Elle est d’ailleurs esquissée d’une manière très subtile, à travers un petit accrochage entre scientifiques ; l’homme défie les lois de la gravité et mange des plats préparés dans des sachets sous vides. Notre monde est aseptisé et les échanges entre les hommes ne sont plus que des banalités. Nous suivons alors un scientifique américain qui se rend sur la lune pour une mission secrète : un monolithe vient d’être découvert à sa surface. Une équipe (américaine) est donc dépêchée sur place. L’objet à été déterré et ses ondes magnétiques intriguent. Il est « protégé » par des parois de fer et illuminé par des projecteurs. L’équipe de scientifiques, après avoir été en contact avec lui et avec une vanité bien humaine due justement à cette supériorité que lui procure l’outil-arme, tente de se prendre en photo devant lui, de reproduire le monolithe, représentation physique de la transcendance, sur un support autre que celui qu’offre la réalité même. Kubrick interroge d’ailleurs ici le matériau même qu’est le cinéma. En effet, le 7ème art étant une reproduction de la réalité sur pellicule. Nous pouvons alors, je dirai même nous devons, questionner ce traitement de la réalité qui n’est qu’en fait qu’un mensonge. Mais je m’égare. Donc en réaction et en punition à cet excès d’orgueil, le monolithe produit un son strident qui déroute et effraie tout le monde, y compris encore une fois les spectateurs.

hal_9000

On les abandonne soudainement, sans savoir ce qu’il leur arrive, pour se retrouver au troisième acte : « La Mission Jupiter ». Un vaisseau spatial apparaît : le Discovery (« Découverte »). A l’intérieur, 5 astronautes, dont 3 dorment artificiellement dans ce qui semble être un cercueil, et un ordinateur omnipotent et omniscient à voix humaine pourvu d’un œil unique: HAL 9000 (dans la version originale). L’ordinateur, évidemment crée par l’homme, se dit et est dit (être) parfait. Il ne peut commettre d’erreur. Il est d’ailleurs le seul à connaître vraiment la nature de leur mission : un monolithe (encore) à été découvert dans l’orbite de Jupiter. Mais alors que les 2 astronautes réveillés, Dave Bowman et Frank Poole, flânent dans leur vaisseau, HAL les avertit d’une avarie technique. Une fois sortis, ils se rendent compte qu’il n’y a rien, que HAL, l’être technologique le plus évolué créé par l’homme, cet outil infaillible, venait de faire une erreur. Les deux astronautes commencent alors, discrètement, à douter de HAL et de l’aboutissement de leur mission (dont ils ne connaissent toujours pas la nature). Mais l’ordinateur cyclope le découvre et rentre progressivement dans une paranoïa qui aboutira, pour assurer sa survie, à la destruction des êtres qui l’ont crée : un parricide en bonne et due forme. HAL tuera en effet les 3 astronautes toujours endormis et Frank Poole qui effectuait une sortie dans l’espace. Bowman tente alors avec un astronef de récupérer le cadavre errant dans l’espace. Mais HAL l’empêchant de pénétrer à nouveau dans le Discovery, il y entre par effraction, à travers un hublot, pour affronter sa destinée. Bowman se dirige alors vers le centre névralgique de HAL pour le déconnecter, le tuer en lui ôtant ses circuits pensants. Ce passage peut apparaître comme un périple à l’intérieur de sa propre conscience, labyrinthique, d’où le nom du vaisseau, qui le conduit à la révélation de son destin. Cette scène est d’ailleurs l’une des plus poignantes de l’œuvre de Kubrick, ou du moins dérangeantes, car en effet HAL y apparaît comme l’être le plus humain du film. Ses paroles suppliantes : « J’ai peur, Dave. Mon cerveau se vide. Je le sens se vider. Ma mémoire s’en va, j’en suis certain » puis la chanson mélancolique : « Daisy, donne-moi la main, je suis fou de toi » nous laissent à penser qu’il n’est finalement pas une machine, seulement un être humain créé à partir de la technologie qui nous avait été confiée quelques milliers d’années plus tôt. Se manifeste ici toute l’ambiguïté si appréciée par Kubrick. Cet être qui semble doué de conscience, et qui vient de tuer, qui plus est ses créateurs, et qui agonise, attire inéluctablement notre sympathie, puisqu’il est humain, bien qu’également outil. Et c’est bien en tuant cet être de technologie que l’homme va atteindre le dernier stade de son évolution après un passage mouvementé par cette « porte des étoiles », passage psychédélique absolument démentiel, par lequel Bowman va atteindre la 4ème dimension pour en fait assister tel un spectateur dans une chambre baroque, à toutes les phases de sa vie, jusqu'à sa mort, avant laquelle il pointera du doigt une dernière fois le monolithe mystérieux. Après cela il renaîtra sous une forme fœtale, fruit d’une auto reproduction, dernier symbole d’un cycle d’évolution achevé.

C’est en cela que pour moi 2001, l’Odyssée de l’Espace est de loin le seul film qui porte un certain optimisme sur le futur de notre espèce dans toute la filmographie de Kubrick emprunte d’un grand pessimisme. Il y a bien sur encore plus à dire sur ce chef d’œuvre absolu, on pourrait ne jamais s’arrêter, 2001 étant un monstre d’ambiguïté. C’est d’ailleurs ce qui fait son génie. Je vous en prie, non je vous intime l’ordre, ne vous arrêtez pas à son rythme lent, ce serait un crime (contre l’humanité et contre vous même) de le rater pour un prétexte aussi trivial. 

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Posté par Monsieur 7 à 18:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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